L'œuvre en prose
L’œuvre en prose de Lamartine est énorme, mais elle est alourdie par sa production " alimentaire " des dernières années, alors qu’il n’a plus guère que cette production pour alimenter le tonneau des Danaïdes qu’est sa dette. Outre ses discours politiques, ses plus belles pages sont celles de la maturité, entre 1830 et 1850 ; mais aussi dans certaines des productions tardives, on trouve dispersées parmi elles, d’admirables passages, retour parfois d’un bonheur de plume qu’apprécie le lecteur.

Lamartine ne s’est jamais dissocié de son œuvre, même dans un ouvrage comme les Girondins où il développe tout son lyrisme et tout son talent à évoquer les hommes, les faits, les lieux à travers sa personnalité exceptionnelle.

Sa première œuvre importante en prose, après l’essai qu’est la Politique rationnelle (1831) est le récit du Voyage en Orient (1835), accompagné d’un Résumé Politique où il exprime les idées qu’il a mûries au long de ces quatorze mois d’absence de France. C’est une relation écrite hâtivement, avec déjà des apports d’imagination qui en altèrent parfois l’authenticité, mais avec aussi de belles pages descriptives, des pensées intimes et surtout des indices significatifs des profondes mutations qui se font en lui au cours de ce voyage tant en philosophie qu’en politique.

Pris ensuite par l’action politique, Lamartine doit se limiter aux préfaces qu’il donne à ses recueils poétiques. Ce sont des textes remarquables : en 1834, préface à une édition de ses œuvres complètes à cette date, c’est une profonde réflexion sur la poésie et même la philosophe qu’il intitule : Des destinées de la poésie. Il y voit dans la poésie de l’avenir, de la Raison chantée.

Son discours de réception à l’Académie franÁaise (1er avril 1830) est, en dehors des éloges obligatoires en cette sorte de littérature, un acte de foi dans la jeune génération qui construit l’avenir. L’Avertissement de Jocelyn (1836), celui de la Chute d’un Ange (1838) explicitent les motivations de son entreprise littéraire. La lettre préface aux Recueillements (1839) est le récit direct et familier de sa vie provinciale à Saint-Point et l’affirmation du " devoir social " qui incombe à tout homme politique... En 1847 c’est la parution retentissante des Girondins. En 1849, il donne comme préface à la réédition des Harmonies une " lettre à M. d’Esgrigny " à laquelle, rappelant des souvenirs d’enfance, il donne la forme d’un " récit villageois " qui annonce les romans populaires de 1851, Geneviève et le Tailleur de pierre de Saint-Point.

 

A partir de 1844, à l’occasion d’un séjour dans le golfe de Naples, il a commencé Graziella, qui sera une partie intégrante des Confidences qu’il va publier de volume en volume jusqu’en 1851 : Graziella, les Confidences, Raphaël (parus en feuilleton dans le journal La Presse dès janvier 1849), puis les Nouvelles Confidences, toutes œuvres autobiographiques, mais le plus souvent romancées, " enrichies " par son imagination. Graziella est une idylle, charmante version de ses amours napolitaines de 1811 ; Raphaël le plus achevé sans doute de ces récits en prose, relate dans une tonalité hautement romantique, la rencontre ardente d’Aix-les-Bains en 1816.

Suivront, dans ses dernières années des Mémoires politiques (1863) et, publiés après sa mort, des Mémoires inédits (1871).

Cette série d’œuvres autobiographiques est accompagnée des " romans pour le peuple " : Geneviève, histoire d’une servante, publié d’abord en feuilleton dans " Le Conseiller du peuple " ; puis le Tailleur de Pierre de Saint-Point (1851). Les héros y sont souvent ses porte-parole, surtout le Tailleur de Pierre, sorte de Jocelyn laïc en communion perpétuelle avec Dieu dans sa généreuse abnégation.

En 1849, Lamartine a lancé par souscription une édition de ses œuvres complètes. Pour en renouveler l’intérÍê, il apporte à chacune de ses œuvres poétiques un " commentaire " où il assure révéler le climat et les conditions dans lesquelles il les écrivit. Mais la critique y relève souvent des éléments qui ne sont que le fruit de son imagination.

Ayant renoncé à toute activité politique après le coup d’état de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, Lamartine qui avait tenté le journalisme avec son périodique le Conseiller du peuple et avec la direction politique du Journal Le Pays, en 1851, s’attelle à des œuvres pseudo-historiques qui sont surtout d’énormes compilations : Histoire de la Restauration (1854), Histoire des Constituants (1854), Histoire de la Turquie, Histoire de la Russie (1855). Sa tentative d’animer une sorte de revue culturelle le Civilisateur (1852-54) échoue. Alors en 1856, il lance son Cours familier de littérature qui paraîtra jusqu’à sa mort en 1869. Au milieu de textes sans grand intérêt, abondent là de magnifiques morceaux littéraires : poèmes, souvenirs personnels, réflexions, jugements et critiques, toutes subjectives, mais d’un réel intérêt : Racine, Rousseau, Voltaire, Chateaubriand, Hugo (Les Misérables), Balzac, Musset, Mistral, Le Tasse, da Ponte... Mais aussi des reniements pénibles (Critique de l’histoire des Girondins) où le grand Lamartine des années 1830 - 1848 disparaît de plus en plus derrière le vieillard replié sur un conservatisme sénile.

La nièce de Lamartine, Valentine de Cessiat, sa légataire universelle, publia en 1873-74 la " Correspondance de Lamartine ", très incomplète et parfois tronquée, en 6 volumes, et les Mémoires inédits, ainsi que le Manuscrit de ma mère que Lamartine avait renoncé à publier de son vivant.

Suivront des compléments et rectifications de cette correspondance, établis par de nombreux érudits. En voici les principaux : 

Maurice Levaillant :
Correspondance générale de Lamartine. 2 volumes : de 1830 à 1833, et de 1834 à 1836. Edition Droz, 1943 et 1948.

Henri Guillemin :
Lettres inédites. Ed. Porte de France à Porrentruy, 1944
Lettres des années sombres (1855 - 1867), LUF à Fribourg, 1942

Jean Richer :
Lettres à Clériade Vacher (1811 - 1818), Archives des Lettres modernes, Paris 1963

Marie Renée Morin :
Correspondance Lamartine-Virieu, 4 volumes : 1805 - 1821 (P.U.F. 1987)  / 1821 - 1841 (Champion 1998)
Correspondance avec Charles Dupin (cahiers d’études sur les correspondances du  XIXe siècle - 1995
Correspondance avec Henri-Roche Dupuys (Bibliothèque nationale 1959).

Christian Croisille :
correspondance inédite d’Alphonse de Lamartine, Tome I : 1817 à février 1848 - Tome II : février 1848 à 1866 (études sur les correspondances du XIXe siècle), 1994 - 1996.

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